Maître Morihei UESHIBA

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Au début février de l'année 1969, il est admis à l'hôpital de l'Université de Keio. II n'en ressortira que pour quitter le monde le 26 avril 1969. II était né le 14 décembre 1883. Après sa mort, il reçut un nom boudhiste: Aiki in Seibu Enryu Daidoshi. II est plus connu sous le nom de Morihei Ueshiba. Fondateur de l'aïkido, il a vécu une vie de quatre-vingt six années extraordinairement riche d’événements et d'aventures, marquée par un réel amour pour les arts du budo et influencée fortement par la religion Omoto.
Cet enfant a la santé fragile que son père Yaroku forçait à nager dans la mer pour le fortifier, s'intéressait déjà aux arts martiaux traditionnels à l'âge de dix ans. Un jour, Yaroku, qui était une sorte de conseiller municipal d'un petit village, fut sérieusement battu par des nervis à la solde de ses opposants politiques. La scène se déroula chez lui avec pour témoin le regard d'un enfant de douze ans: Morihei Ueshiba. Humilie, il jura de devenir fort, et que jamais on ne le traiterait comme on avait traité son père.
Quelques années plus tard, il partit s'installer à Tokyo. Il voulait devenir un grand négociant. A dix-huit ans, rien ne vous paraît impossible. En réalité, il passait ses journées à vendre quelques articles sur un étal de rue. Mais le soir, il pratiquait le jujutsu de l'école Kito Ryu.

Je veux devenir fort
Quelques mois plus tard, il développa une sorte de béri-béri, qui l'affaiblit au point qu'il dut rentrer chez lui à Tanabe, pour se soigner. A sa convalescence, il décida de se forger un corps puissant et fort. Le jeune homme fragile était à présent capable, lors des fêtes de villages et des travaux des champs, de soulever deux balles de paille autant que deux hommes réunis. Exploit acquis grâce à la détermination et à la volonté.

Mandchourie
La guerre russo-japonaise éclata alors. Il voulait entrer dans l'armée pour servir son pays. Bien que doté d'un corps de quatre vingts kilos, il ne mesurait que un mètre cinquante-sept ! Il fut incorporé dans le régiment Wakayama. Il se distingua dans les exercices physiques quand d'autres soldats abandonnaient devant l'ardeur exigée. Il se porta volontaire pour partir combattre en Mandchourie.
Démobilisé, il rentra à Tanabe et devint une personnalité politique... comme son père. Il fut élu chef du village! Il se reposa quelque temps des suites des privations et de la rigueur de la condition militaire qu'il avait connues en Mongolie, avant que le démon de l'aventure ne le reprenne. Le gouvernement japonais voulut réaliser un programme de défrichement et d'implantation dans les territoires laissés à l'abandon de Shirataki: une région montagneuse, boisée mais où la civilisation avait à peine pénétré. A la tête d'un groupe d'une cinquantaine d'hommes et de femmes, il s'installa.

Shirataki
A Shirataki, il n'y avait rien, il fallait donc tout faire. Bûcheron pour déboiser, cultivateur pour planter de quoi nourrir les pionniers, gestionnaire... Bref, il faisait tout. A trente ans, il avait tant d'idées pour développer un coin de terre, qu'on le nomma "Roi de Shirataki".
A cette époque, il fit la première rencontre qui allait marquer sa vie. Il se trouvait, qu'à ce moment-là, un certain Takeda Sokaku était de passage et enseignait à la police de Engaru son art de la défense.

Takeda Sokaku
Nous étions en 1935, Takeda avait cinquante cinq ans. C'était un petit homme, mais doué d'une grande puissance physique et surtout d'un esprit guerrier indomptable. Bien que le  gouvernement Meiji ait aboli les privilèges des samouraï en interdisant le port du sabre, lui continuait comme si la loi n'était pas faite pour lui, à conserver l'esprit du clan prestigieux des Takeda. Il était expert en sabre mais aussi détenteur d'un art, autrefois secret et réservé aux seuls nobles du clan Takeda, que l'on appellera le Daïto Ryu Jujutsu, technique d'une efficacité incontestable. Sa personnalité faisait de Takeda Sokaku ce que l'on appellerait aujourd'hui un marginal. Il n'avait pas de dojo, car il traversait le Japon et s'arrêtait quand il voulait, enseignait un temps et repartait.
Morihei Ueshiba et Takeda Sokaku se rencontrèrent à l'hôtel Hisata à Engaru, dans le Hokkaido. Le premier devint l'élève du second. Il étudia un mois, puis Morihei Ueshiba rentra à Shirataki. Il invita Takeda à séjourner dans une maison qu'il fit construire pour son maître. Il le servait lui même, pour lui éviter les corvées de la vie quotidienne. Takeda lui enseignait parcimonieusement, technique par technique, tout en le faisant payer très cher chacune d'elle. D'ailleurs, le magot qu'il avait reçu de son père avant de partir à Shirataki fondait à vue d'oeil car Morihei Ueshiba avait faim d'apprendre.
En tout et pour tout, si l'on se réfère au registre dans lequel Takeda consignait aux moindres détails les noms de ses élèves, le futur fondateur de l'aïkido aura étudié une centaine de jours. Le reste du temps, il travaillait seul. Mais l'empreinte du Daitoryu sera vivante dans l'aïkido de maître Ueshiba.

Deguchi
Tout en étudiant le Daito ryu, Morihei Ueshiba continuait à s'occuper de la mise en valeur de Shirataki. L'opération fut un grand succès.
C'est à ce moment qu'il rencontra la deuxième personne qui allait fortement l'influencer. Au printemps 1919, un télégramme le prévint que son père était très malade. Il décida de rentrer, après avoir donné à Takeda tous ses biens. Dans le train qui le ramenait chez lui, il entendit parler d'un certain Wanisaburo Deguchi et de sa secte religieuse Omotokyo à Ayabe.
Dans son enfance à Tanabe, est-ce la présence de nombreux temples érigés dans cette région? Morihei Ueshiba avait très tôt été attiré par le spirituel. Dès l'âge de sept ans, il étudiait le boudhisme Shingon avec le prêtre du temple Jizogi, et à dix ans le boudhisme zen au temple Homanji. On peut dire que la recherche spirituelle commença très tôt chez lui, pour ne jamais cesser tout au long de sa vie.

Ayabe
Ainsi lorsqu'il entendit parler de Deguchi et de sa religion Omotokyo, il décida de faire un détour par Ayabe au lieu de rentrer à Tanabe. Lorsqu'il arriva chez lui, son père était mort.
Il fut pris de remords de ne pas être rentré à temps. Dans un état d'intense spiritualité, il lui arrivait, perché sur un rocher pendant des heures, de méditer ou de réciter des prières.
Il décida d'emménager avec sa famille à Ayabe en 1919, pour suivre la secte Omotokyo et pour pouvoir étudier avec Deguchi. Encouragé par ce dernier, il enseigna le jujutsu aux adeptes de la secte et y resta iusqu'en 1926.

Expédition mongole 
Entre temps, il y eut la première expédition en Mongolie. Il faut savoir que Deguchi prônait le principe de l'amour universel, ce qui n'est pas original mais il avait rêvé d'un royaume de la paix érigé par la force des religions nouvelles, libérées de tous les tutélages des croyances anciennes. Le royaume, était-il convaincu, devait être né en Mongolie. Ses idées l'exposèrent à la répression du gouvernement pour outrage à l'empereur. Il fut, de ce fait, très surveillé et décida d'aller "se mettre au vert" quelque part, il prit contact avec des chefs religieux coréens et chinois et organisèrent dans le plus grand secret avec eux l'expédition en Mongolie pour bâtir justement ce royaume.
Deguchi partit de Ayabe le 13 février 1934. Morihei Ueshiba se joignit sur le parcours à son maître spirituel pour rejoindre les autres chefs religieux et des chefs militaires gagnés à leur cause, à la frontière, et ensemble ils entreraient triomphalement en Mongolie. Les choses ne se déroulèrent pas comme prévu. Ce contact ne fut pas réalisé. Deguchi avec, à ses côtés, Morihei Ueshiba, se retrouva seul avec quelques compagnons à errer de cache en cache pendant cinq mois jusqu'à ce que le groupe fut fait prisonnier, enchaîné, jeté en prison et condamné à mort. ils furent sauvés du peloton d'exécution grâce à l'intervention du consul japonais sur place.
De retour à Ayabe, échaudé par la tragi-comique expédition qui avait failli très mal se terminer, Morihei Ueshiba se consacra corps et âme à étudier et pratiquer le Budo.
Puis, il déménagea à Tokyo en 1927, créa son dojo, et s'introduisit dans la bonne société mais aussi dans le milieu de l’aristocratie militaire de son époque. Fort de cet appui, il implanta et développa son art. La suite, les millions de pratiquants d'alkido la connaissent.